Bailleul, une ville à la campagne aux cœurs des Monts de Flandres
Bailleul et les Monts de Flandres
Comme un pied de nez au passé tragique, Bailleul de par sa beauté architecturale, brille de mille feux.
L'histoire de Bailleul se confond avec celle de la Flandre jusqu'en 1678, date de son rattachement à la France.
Détruite huit fois au cours de son histoire, sa reconstruction après 1918 lui permit de retrouver un urbanisme cohérent au caractère flamand (façade et monuments aux fenêtres gothiques et vaux pignons à "pas de moineaux").

L'Hotel de ville et son Beffroi
Au coeur de la cité,ce véritable colosse architectural a été construit dans un style néo-flamand marqué par l'alternance de la pierre, de la brique et de l'ardoise.
A sa base, une salle gothique du XVIIIème siècle est classée monument historique. La façade est ornée d'une élégante bretèche (balcon de proclamations). Le hall de l'hôtel de ville, ancienne Halle aux draps rappelle qu'au Moyen-âge, Bailleul connut ses heures de gloire grâce à son appartenance à la célèbre Hanse de Londres.
Depuis le chemin de ronde du beffroi, on admire le panorama de toute la région comprise entre les collines d'Artois, au sud, et les Monts de Flandre au nord.
Hotel de ville ouvert du lundi au vendredi de 8h à12h et de 13h30 à 17h30, le samedi de 8h30 à12h.
Le Beffroi
Visite guidée du Beffroi de Pâques à fin septembre la samedi à 15h et le dimanche à 11h juillet et août : du lundi au vendredi à 16h30 (départ à l'office de tourisme). Accueil des groupes sur rendez -vous renseignements à l'office de tourisme - Tél. : 03 28 43 81 00.

Une belle histoire
L'Histoire du Beffroi se confond avec celle de la Flandre jusqu'en 1678, date de son rattachement à la Flandre. La Ville occupe une situation typique, puisqu'elle se trouve au somme d'une coline. Bailleul a, au cours de son histoire, particulièrement souffert des incendies, dus à l'imprudence des habitants et à la rage des ennemis.
La ville occupe une situation typique : au sommet d'une colline. Une colline qui n'a que 44 mètres de hauteur et n'est, en fait, qu'une partie du rebord septentrional de la plaine de la Lys.
Cette situation a dû faciliter jadis, la défense d'une agglomération qui, à la différence d'Ypres, n'a jamais été vraiment fortifiée.
Un inconvénient cependant :la pénurie d'eau potable, car l'argile qui constitue le sous-sol de la ville est imperméable. Lorsque l'industrie se développa, au XIXème siècle, il fallut capter l'eau qui sortait des versants sablonneux du Mont-Noir, établir de volumineux - et disgracieux - châteaux d'eau au point le plus élevé de Bailleul. Puis faire venir l'indispensable liquide des confins de la Flandre et de l'Artois. Bailleul a, au cours de son histoire, particulièrement souffert des incendies, dus à l'imprudence des habitants ou à la rage des ennemis.
Ce fléau était particulièrement fréquent et grave aux temps anciens où les maisons étaient de chaume et de charpente.
En 1213, à la veille de la bataille de Bouvines, Philippe-Auguste, roi de France, furieux de voir le comte de Flandre, Ferrand, s'allier à ses adversaires anglais et allemands, charge son fils, le futur Louis VII d'une expédition punitive... "lesquel Louys, raconte un chroniqueur, brusla Bailleul où le feu se prit avec une telle véhémence que ledict Louys eut de la peine à se sauver de la fureur de icelui feu".
Deux siècles plus tard, en 1436, ce sont des soudards anglais qui mettent le feu à la ville après l'avoir pillée.
En 1478, les Français reviennent... Louis XI leur a ordonné de faire le plus de mal possible aux Flamands qui ont reconnu pour souverain Maximilien de Habsbourg, le nouvel époux de leur princesse, Marie de Bourgogne, fille de Charles le Téméraire ; le 19 mars, Bailleul est mis à feu et à sang.
En 1503, le premier grand sinistre accidentel ; le beffroi lui-même est la proie des flammes. Il brûle à nouveau, avec des centaines d'autres bâtiments, lorsque, 80 ans plus tard, les Gueux, insurgés calvinistes dévastent la ville.
En 1659, une bande française, venue de La Bassée, après avoir pillé hôtels et églises, met le feu à Bailleul, de tous côtés à la fois : 470 maisons, 4 moulins sont la proie des flammes. Plus dévastateur encore fut le "meschief" du 8 mai 1681. L'incendie se déclara dans une brasserie, rue d'Ypres. Emportées par un violent vent d'Est, les flammèches mirent le feu, par-ci, par-là, au chaume des toits.
L'Hôtel de Ville fut le premier monument embrasé ; les cloches du beffroi fondirent et s'égouttèrent en larmes brûlantes... Puis ce fut l'église Saint-Vaast, le collège des Jésuites, les principaux couvents. Huit artères,
avec 488 maisons, disparurent complètement dans les flammes. Les sources de la richesse - brasseries, métiers à tisser, stocks de matière premières - furent dévastées. Et il y eut 23 morts et plus de cent blessés.
Il fallut attendre ensuite le début du XXème siècle pour que Bailleul connut à nouveau l'épreuve du feu, pour la dixième fois de son histoire.
L'histoire de Bailleul se confond avec celle de la Flandre, dont elle a partagé les fastes et les vicissitudes.
Son nom - porté en France par 17 communes - apparaît pour la première fois dans les textes en 1093, sous la forme de "Bailgiole", dont on ne sait trop si elle est d'origine latine ou celtique... Il semble bien qu'il y ait eu une agglomération en ces lieux dès le IXème siècle.
En 1777, le comte autorise les bourgeois à élever un beffroi. En 1249, il leur accorde une charte - "Keuren" - qui précise leurs privilèges juridiques, économiques et fiscaux.
Au XVème siècle, Bailleul et sa châtellerie contribueront, avec les 17 principautés des Pays-Bas, à la fortune et à la gloire des ducs de Bourgogne.
Les Habsbourg succéderont à ceux-ci et les Bailleulois pourront acclamer leur empereur Charles Quint, en visite : la rue de l'Empereur rappelle son souvenir.
A la fin du XVIème siècle, la ville souffrira des troubles provoqués par les aspirations religieuses des calvinistes, les revendications des pauvres, les ambitions politiques des aristocrates et la rigueur intolérante du Comte, Philippe II d'Espagne. Le règne heureux de sa fille, l'archiduchesse Isabelle, se traduira au début du XVIIème siècle par la restauration de la plupart des bâtiments publics, civils et religieux, et par l'établissement du collège des Jésuites.
Puis viendra une période d'insécurité : lors des guerres entre le roi de France et la Maison d'Espagne, par le rattachement de la châtellenie de Bailleul à la France, en vertu du Traité de Nimègue de 1678.
Louis XIV y était déjà venu en 1671.
C'est à Bailleul que se réuniront, le 19 février 1789, les électeurs qui devaient désigner les représentants du Clergé, de la Noblesse et du Tiers-État de la Flandre maritime aux États Généraux, dont la réunion devait être l'amorce de la Révolution Française.
A plusieurs reprises et de diverses façons, Bailleul s'est fait connaître en Occident par la valeur des produits fabriqués par ses enfants. Au XIIIème et au XIVème siècles, ce fut grâce aux draps, pièces de laine, teintes en rouge, d'une si bonne qualité que la ville fut admise dans la célèbre association marchande, dit Hanse de Londres, qui contrôlait, sous l'impulsion de Bruges, le commerce avec l'Angleterre d'où venait la matière première.
A partir du XVIème siècle, la laine fut progressivement remplacée par le lin, cultivé dans nos régions et rouï dans les rivières et les mares voisines. Il donna lieu à une spécialité qui fit du XVII au XIXème siècle la réputation de Bailleul : la dentelle aux fuseaux. La première école dentellière fut fondée en 1664. En 1789, on comptait, dans la ville et aux environs, un bon millier de dentellières. Après avoir connu la prospérité au milieu du XIXème siècle, ce travail d'art, soumis à la concurrence de la machine, connut une rapide décadence.
En 1983, il reste une école comprenant une monitrice, une vingtaine d'adultes, une trentaine d'enfants qui font
de la dentelle un loisir artistique. La faïence constitua, aux XVIIIème siècle, une troisième fabrication : pots, pichets, plats, statuettes décorés à la façon de Rouen, contribuèrent à orner les dressoirs de Flandre et portèrent au loin la réputation de Bailleul jusqu'au milieu du XIXème siècle.
Au XIXème siècle, l'industrie textile réapparut sous la forme de tissages de toiles, d'abord à la main, puis au métier mécanique.
Enfin, entre 1889 et 1918, Bailleul eut, sous des hectares de serres, une production originale de raisins de table et de fruits forcés. Après avoir connu le déclin du textile, dont il ne reste plus en 1983 qu'une filature de coton, l'industrie bailleuloise compte actuellement des usines alimentaires - conserveries et produits laitiers, ainsi que des fabriques de textile et de papier. Par ailleurs, l'Hôpital psychiatrique (Centre Hospitalier Spécialisé) offre de très nombreux emplois.
Cette expansion industrielle et commerciale fut longtemps gênée par la précarité des voies de communication, surtout à une époque où la Plaine de la Lys était transformée en marécage une bonne moitié de l'année. Ne passait par Bailleul qu'un mauvais chemin de terre, jusqu'en 1756 où fut terminée la nouvelle route pavée de Lille à Dunkerque qui remplaçait l'ancienne, passant par Ypres et Poperinghe, villes restées autrichiennes
après la fixation de la frontière en 1713.
Et si des barques empruntaient alors la becque de Steenwerck pour rejoindre la Lys, le projet d'en faire un canal, ébauché en 1849, ne fut jamais réalisé. Il est vrai que, cette même année, le chemin de fer, arrivé au pied de la butte, reliait Bailleul à Lille et à Dunkerque.
Le visage actuel de Bailleul lui a été donné, il y a soixante ans, après une catastrophe qui avait entraîné la destruction quasi totale de la ville ancienne, fruit de dix siècles d'efforts en commun.
Cette catastrophe dura cinq mois, du 9 avril au 5 septembre 1918. Déjà, quatre ans auparavant, la ville avait été occupée par les Allemands du 7 au 14 octobre 1914. Libérée par les Britanniques, elle était devenue le quartier-général des armées du général French. S'y trouvait aussi un camp d'instruction où défilaient Anglais, Écossais, Gallois, Irlandais, Canadiens, Australiens, Néo-zélandais, Sud-Africains et "Hindous", comme l'on disait alors. Souvent, la ville avait été bombardée par les grosses pièces d'artillerie allemandes installées à Lomme et Wambrechies. Le 9 avril 1918, les Allemands bousculaient les troupes alliées qui tenaient le front de la Lys ; le 15 avril, après avoir pris le Ravensberg, il occupaient Bailleul, déjà en ruines.
Dès lors, ces décombres seront retournés par les obus anglais envoyés de Cassel ou du Mont-des-Cats. Lorsque la ville sera libérée, le 5 septembre 1918, on ne retrouvera que quelques rares maisons debout !
Toutes les archives auraient été détruites à l'exception de celles de l'État-Civil qui avaient été déménagées.
A peine sa restauration achevée, Bailleul souffrit de la seconde guerre mondiale, en particulier sous les bombardements aériens allemands des derniers jours de mai 1940.
Aujourd'hui, Bailleul est une commune de 13 418 habitants (1982), répartis sur un vaste territoire qui couvre 4 400 hectares et comprend des écarts, tels que les hameaux de la Crêche, Le Steent'Je et Outtersteene,
qui sont des paroisses autonomes.
Ville active et dynamique, Bailleul est la porte et la clé des Monts de Flandre.
La reconstruction fut amorcée dès 1920, sous l'impulsion du Maire d'alors, Natalis Dumez - qui devait, pendant la seconde guerre mondiale s'illustrer dans la Résistance en fondant le mouvement "Voix du Nord" -. Suivant l'exemple de la ville-soeur, Ypres, qui avait été également rasée, les Bailleulois voulurent donner à leur nouvelle cité un aspect franchement flamand : ils demandèrent donc à leurs architectes de s'inspirer des façades du Bruges, dès le XVIème et XVIIème siècles, de structures gothique et de décor Renaissance, remodelées, parfois abusivement, au XIXème sous l'influence du baron de Béthune, émule belge de Violet le Duc.
Ce qui fut fait en recourant aux matériaux traditionnels : la brique de Flandre et le grès d'Artois. De là vient l'aspect uniforme des maisons du centre de la ville et des principaux bâtiments publics. Une uniformité dans l'élégance et le charme des pignons à pas-de-moineau et du décor baroque. Le plan de la ville ne subit guère de modifications à cette occasion. Il n'avait pas, il est vrai, changé au cours des siècles précédents depuis le jour où un retranchement de terre avait ceinturé la Grand'Place et les monuments qui s'y dressent, du bout de la rue d'Occident à l'amorce de la rue d'Ypres. Ces artères et quelques autres, dont la rue de Lille, la rue de Cassel et la rue des Foulons, s'étaient allongées ensuite. C'est en 1621 que fut percée la rue du Collège, alors rue des Jésuites, qui fut prolongée jusqu'à la Petite Place, aujourd'hui Place Plichon, en 1757. En 1630, apparaît l'actuelle rue Edmond de Coussemacker sous le nom de rue des Poissons : elle avait pris la place du fossé, qui cernait la ville de ce côté. Et il fallut attendre 1849 pour voir apparaître la longue rue de la Gare, allant à la rencontre du chemin de fer qui n'avait pas voulu grimper sur la colline !